Le 11 frimaire an XIII (2 décembre 1804 selon le calendrier grégorien), Napoléon est sacré puis couronné empereur des Français. Employant les trois heures d’une cérémonie réglée dans ses moindres détails pour consolider son pouvoir politique et religieux aux yeux de ses nouveaux sujets et des cours européennes, il s’affirme à la fois comme le nouveau successeur de Charlemagne et l’héritier convaincu de la Révolution française.
Reçu dans l’église métropolitaine de Notre-Dame par le cardinal de Paris, il se présente devant le pape Pie VII en compagnie de son épouse Joséphine et entouré des principaux dignitaires du régime. Déjouant les pièges d’un cérémonial qui prévoyait de le placer tel un fils soumis de l’Église catholique et romaine, il remploie les signes traditionnels à son avantage et en reformule le contenu idéologique sans en bouleverser radicalement l’agencement initial.
Il prête ainsi le serment religieux traditionnel, reçoit la triple onction des mains du souverain pontife et recueille les ornements impériaux qui ont préalablement été bénis. Mais, à l’instar de son entrée dans la cathédrale où il s’était présenté dans le grand costume royal (habituellement, seul le prélat doit l’habiller au cours de la cérémonie et non avant celle-ci), il parvient à faire accepter par le pape son auto-couronnement, le couronnement de son épouse, sa non-intervention au cours de la communion et sa prestation républicaine du serment constitutionnel. C’est donc la preuve, en d’autres termes, qu’il ne détient son pouvoir que de lui-même, que son mariage est le symbole de la prédominance du destin sur la naissance, qu’il nie la puissance des rois thaumaturges et que le peuple français est désormais seul souverain en son territoire.
Représentant de sa propre politique, initiateur de la Quatrième dynastie, Napoléon Ier devient donc, par cette cérémonie savamment agencée et décorée avec faste par les architectes Percier et Fontaine, le premier souverain ayant réuni les patrimoines moraux, religieux et politiques d’une France désormais avide d’égalité sociale et d’unité dans ses valeurs culturelles. Un général victorieux et pacificateur devenu chef d’État de la Nation tout entière.
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Bertaux, Jacques
(connu à la fin du XVIIIe et au début du XIXe siècle)
Le cortège impérial se rendant à Notre-Dame pour la cérémonie du Sacre, le 2 décembre 1804 ; la traversée du Pont-Neuf
Huile sur toile
0,710 x 0,101 m
1804
Paris, musée Carnavalet. P.2243
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