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Exposition temporaire du Musée Fesch Ajaccio
du 30 avril au 30 septembre 2003

Les mystères de Naples


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Naples :
une exposition
de photographies contemporaines
de Jean-François Paccosi


Musée Fesch - Deuxième étage
Nul doute que Naples ait profondément séduit Jean-François Paccosi. Nul doute aussi que l’artiste fasciné par la cité grouillante de vie, et craignant d’en être le jouet, ait choisi d’en montrer à la fois les scènes d’un théâtre de magnificence et les coulisses déliquescentes.

Pour se rendre ensuite à l’évidence : scènes et coulisses sont un seul et même lieu ; tel noble palais, telle ruine antique et fameuse (sujets parfaits pour l’objectif du photographe) finissent par n’être plus qu’un décor trivial pour la vie quotidienne des Napolitains d’aujourd’hui, décor où s’ébrouent vespas et motorini, poussettes et processions dans une joyeuse confusion.
Confusion des genres : noble et comique, populaire et sacré. Confusion des époques : les vestiges de l’Antiquité sont réduits à n’être plus qu’un observatoire à regarder passer les promeneurs.

Ils en acquièrent pour autant une vie que nul autre monument ne connaîtra jamais : seule une grande cité portuaire, aux strates innombrables des plus brillantes cultures de la Méditerranée, peut faire des témoins du passé le territoire apprivoisé de la vie quotidienne. Et partout est visible l’usure : celle des pierres, des rues ou des édifices, mais celle aussi des volontés, des ambitions refoulées avec comme contrepoint ces visages d’enfants, souvent surpris dans des vêtements ou des attitudes d’adultes.On est très proche des caprices architecturaux d’un Spadaro ou des natures mortes du musée Fesch qui, tous, signifient le temps qui passe.
La sensibilité méditerranéenne d’un Jean-François Paccosi devait, à priori, avoir des affinités avec un tel sujet. Pourtant, la démesure napolitaine avec ses excès de vie comme de pourriture, est chose bien étrangère à la Corse. On l’aura compris : c’est d’un éblouissement dont ces photographies ont imprimé la trace.

Jean-Marc Olivesi
Conservateur en chef des musées de la ville d’Ajaccio

 
   PALAZZO DI DONN’ANNA
 
Naples, la matrice

Quand on vous parle de Naples, en fait, on pense aux localités côtières environnantes qui semblent avoir été créées pour le plaisir des dieux et l’ébahissement des touristes américains. La ville même de Naples n’est faite ni pour les uns, ni pour les autres.
Elle est sale, puante, bruyante, inquiétante et parfois sordide. L’étroitesse des ruelles, la hauteur des immeubles, les pavés basaltiques en font une ville sombre, déchirée de lumière. Alors quoi, quel intérêt ? L’intérêt, c’est la vie grouillante, pullulante, qui fait de cette ville un chaudron bouillonnant. C’est l’humour et le détachement des Napolitains, leur richesse, leur misère. Je n’ai jamais vu autant d’enfants avec des regards d’adultes dans une ville “civilisée”.
Je n’ai jamais, dans une cité, vu autant de crânes sculptés, peints, dessinés, graffités, objets de culte ou d’amusement. La mort baroque est partout dans la ville et pourtant elle n’est jamais sinistre. Ses signes rappellent à tous que la vie n’est qu’un de ses avatars. Et puis, c’est tout. On n’en fait pas un drame. Ou alors un opéra que les Napolitains iront applaudir au théâtre San Carlo. Comment pourrait-il en être autrement quand l’existence d’une population est suspendue au bon vouloir d’un volcan assoupi qui un jour se réveillera, c’est sûr, de méchante humeur ?

 

En attendant ce jour, on continue d’y fabriquer les plus beaux santons du monde et les plus belles crèches de la galaxie, sous le regard protecteur de San Gennaro et celui, plus moqueur, de Pulcinella.
Et les existences s’agitent sur, sous, dans et autour d’édifices qui, ailleurs, seraient mis sous cloche de verre et entourés de grilles pour raison d’Histoire et de Patrimoine. À Naples, tout s’accumule, s’empile, se superpose, se mélange au fil des siècles et des besoins vitaux. Le passé saute aux yeux dans chaque ruelle, mais on n’en fait pas objet de religion. On l’a simplement transformé, adapté, selon les nécessités. En fait, j’ai toujours ressenti Naples comme une “grande matrice originelle” où, dans les suintements et les humeurs, se développe la vie à l’état brut, loin des images sur papier glacé et des faux-semblants.
J’ai fait plusieurs séjours à Naples.
J’y vais chaque fois comme à un premier rendez-vous.
D’ailleurs, Naples est femme (certains même la comparent à une putain magnifique).
Difficile de résister à l’appel d’une ville qui, dit-on, aurait été fondée par une sirène.
En fait, je crois que j’aime Naples parce qu’elle est douce aux fumeurs et qu’elle résiste à l’aseptisation générale qui gagne le continent.

Jean-François Paccosi

 
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