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Naples,
la matrice
Quand on vous parle de Naples, en fait, on pense aux
localités côtières environnantes
qui semblent avoir été créées
pour le plaisir des dieux et lébahissement
des touristes américains. La ville même
de Naples nest faite ni pour les uns, ni pour
les autres.
Elle est sale, puante, bruyante, inquiétante
et parfois sordide. Létroitesse des ruelles,
la hauteur des immeubles, les pavés basaltiques
en font une ville sombre, déchirée de
lumière. Alors quoi, quel intérêt
? Lintérêt, cest la vie grouillante,
pullulante, qui fait de cette ville un chaudron bouillonnant.
Cest lhumour et le détachement
des Napolitains, leur richesse, leur misère.
Je nai jamais vu autant denfants avec
des regards dadultes dans une ville civilisée.
Je nai jamais, dans une cité, vu autant
de crânes sculptés, peints, dessinés,
graffités, objets de culte ou damusement.
La mort baroque est partout dans la ville et pourtant
elle nest jamais sinistre. Ses signes rappellent
à tous que la vie nest quun de
ses avatars. Et puis, cest tout. On nen
fait pas un drame. Ou alors un opéra que les
Napolitains iront applaudir au théâtre
San Carlo. Comment pourrait-il en être autrement
quand lexistence dune population est suspendue
au bon vouloir dun volcan assoupi qui un jour
se réveillera, cest sûr, de méchante
humeur ?
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En
attendant ce jour, on continue dy fabriquer
les plus beaux santons du monde et les plus belles
crèches de la galaxie, sous le regard protecteur
de San Gennaro et celui, plus moqueur, de Pulcinella.
Et les existences sagitent sur, sous, dans
et autour dédifices qui, ailleurs,
seraient mis sous cloche de verre et entourés
de grilles pour raison dHistoire et de Patrimoine.
À Naples, tout saccumule, sempile,
se superpose, se mélange au fil des siècles
et des besoins vitaux. Le passé saute aux
yeux dans chaque ruelle, mais on nen fait
pas objet de religion. On la simplement transformé,
adapté, selon les nécessités.
En fait, jai toujours ressenti Naples comme
une grande matrice originelle où,
dans les suintements et les humeurs, se développe
la vie à létat brut, loin des
images sur papier glacé et des faux-semblants.
Jai fait plusieurs séjours à
Naples.
Jy vais chaque fois comme à un premier
rendez-vous.
Dailleurs, Naples est femme (certains même
la comparent à une putain magnifique).
Difficile de résister à lappel
dune ville qui, dit-on, aurait été
fondée par une sirène.
En fait, je crois que jaime Naples parce quelle
est douce aux fumeurs et quelle résiste
à laseptisation générale
qui gagne le continent.
Jean-François
Paccosi
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