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L'Italie était dans les gènes du «petit corse». Bercé par Tacite, Tite-Live, l'empereur s'est épris de cette culture qui puise ses racines à la source de la Méditerranée. Jusqu'à fin septembre, le musée Fesch à Ajaccio présente «Napoléon, les Bonaparte et l'Italie». L'exposition analyse cette passion italienne mise au service la grandeur napoléonienne.
L'Antiquité romaine a été son modèle. Tacite, Tite-Live ont accompagné l'adolescence de Napoléon Bonaparte tout comme il a vibré aux accents épiques de la Jérusalem délivrée de Tasse. L'Italie est dans les gènes du «petit Corse». Il comprend et il aime cette culture raffinée qui puise ses racines à la source de la Méditerranée. Dans ses Mémoires, Madame de Rémusat confirme cette sensibilité personnelle : «Bonaparte avait pour l'Ecole italienne un goût particulier... il aimait la musique avec passion, surtout la musique italienne.» Rien de plus normal pour un jeune Corse! Napoléon et sa famille ont pratiqué l'italien comme leur première langue écrite; et c'est dans cette langue qu'est rédigé l'acte de baptême de l'Empereur. C'est encore l'Italie qui va lui mettre le pied à l'étrier lorsque, après quelques erreurs de jeunesse, il reçoit le grade de général de division et le commandement de l'armée d'Italie, pour avoir mis un terme à l'insurrection royaliste du 13 vendémiaire.
Au printemps 1796, Bonaparte prend le chemin de l'Italie avec mission de faire diversion et de contenir l'ennemi tandis que deux armées commandées par Jourdan et Moreau doivent attaquer en Allemagne et marcher sur Vienne. Prenant tout le monde de vitesse, le jeune général brûle les étapes, passe les Alpes, se faufile entre les deux armées ennemies et les bat séparément. Montenotte, Mondovi, Lodi, Castiglione, Bassano, Arcole, Mantoue, autant de victoires qui lui ouvrent grandes les portes de l'Italie, autant de batailles immortalisées par les peintres qui lui serviront à forger son propre mythe.
L'exposition «Napoléon, les Bonaparte et l'Italie» présentée au Musée Fesch d'Ajaccio analyse parfaitement cette passion italienne qu'il mettra au service de sa grandeur. Ce n'est pas le fait du hasard si Napoléon se proclame roi d'Italie et coiffe, dans le Dôme de Milan, la couronne de fer des rois Lombards, rééditant ainsi le geste accompli en ce lieu, en 962, par le premier empereur romain germanique, Otton 1er. Les quatre-vingt-deux pièces exposées (bustes, médaillons, tableaux, costumes d'apparat, meubles et objets divers), conjugaison savante de prêts des plus grands musées français et étrangers et du fonds napoléonien du Musée Fesch, s'organisent autour de trois thèmes: conquêtes, règnes et destins.
Bonaparte y caracole sur un cheval fougueux au col du Mont-Saint-Bernard avec la complicité de David qui a mis son imagination au service de l'épopée et dont on connaît cinq versions du tableau. Cependant Antoine-Jean Gros, le jeune peintre recommandé par Joséphine surpasse David en faisant de Bonaparte un héros romantique: le général de l'armée d'Italie, cheveux au vent, sabre au poing et brandissant un drapeau au pont d'Arcole a scellé la gloire naissante de Napoléon. Moins connu, Napoléon 1er, roi d'Italie d'Andrea Appiani offre un portrait officiel rigide mais d'une grande richesse dans les détails de l'habillement, codifié par l'empereur lui-même, et dont le visiteur découvrira quelques pièces dont le manteau de cérémonie de Pauline Bonaparte.
Le troisième volet de l'exposition dédié aux destins, évoque notamment les liens puissants qui unissent les Bonaparte à l'Italie. C'est à Rome que la famille impériale a trouvé refuge: sa mère Laetitia Bonaparte (Mme Mère) et son oncle maternel, le cardinal Fesch qui y passera les trente dernières années de sa vie; sans oublier qu'Elisa, l'aînée des soeurs de l'Empereur a été grande duchesse de Toscane, Caroline, princesse Murat a été reine de Naples, et Pauline, princesse Borghèse et duchesse de Guastalla. Outre les grands portraits officiels d'Elisa par Pietro Benvenuti, de Caroline par Mme Vigée-Lebrun, de Pauline par Marie-Guillaume Benoist et de l'impératrice Marie-Louise (elle aussi future duchesse de Parme) avec le roi de Rome signé Gérard, une petite aquarelle attire l'attention. Elle représente Madame Mère un an avant sa mort. Sa petite-fille, Charlotte Bonaparte, la fille de Joseph et de Julie Clary, l'a peinte d'après nature. Dans le ton pastel qui sied au grand âge - elle avait 86 ans -, un petit visage volontaire et énergique émerge de la dentelle et des flots de mousseline. Napoléon avait de qui tenir! Clin d'oeil à l'histoire: le couteau de chasse du malheureux roi de Rome et pour l'anecdote, un moulage du sein de Pauline qui avait posé nue en Vénus victrix, pour Canova.
Cette superbe exposition offre plusieurs niveaux de lecture : l'épopée napoléonienne, l'homme d'Etat qui, en créant des «républiques soeurs», Cisalpine, Cispadane, Ligurienne, a fait en Italie l'apprentissage du gouvernement et de la politique, enfin le propagandiste qui a défendu les arts pour mieux s'en servir. On peut juste regretter que la politique de «francisation de l'Italie» instaurée par Napoléon à partir de 1805 ne soit pas mieux abordée.
L'exposition peut se compléter par la découverte de la galerie napoléonienne du musée et des collections remarquables rassemblées par le cardinal Fesch. A voir aussi l'église impériale attenante au musée, le salon napoléonien de l'Hôtel de Ville d'Ajaccio qui présente une partie du mobilier du cardinal Fesch et la maison natale de Napoléon Bonaparte, délicieux musée du souvenir qui doit faire l'objet d'une prochaine restauration.
Anne Muratori-Philip
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