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Article paru dans "Historia", juin 2001
L'Italie Napoléonienne



En 1796, Bonaparte est nommé à la tête de l'armée d'Italie. On connaît la suite : le passage du pont d'Arcole, la victoire contre la coalition austro-piémontaise, et la mainmise des Français sur tout le nord de la péninsule. En 1799, une République napolitaine remplace le royaume de Naples et la seconde campagne d'Italie en 1800 assure à nouveau le contrôle des Français sur la Toscane, Gênes, la Lombardie et le Piémont. Les bases d'une Italie napoléonienne sont posées, fruit d'un savant mélange entre le génie militaire d'un homme et ses références historiques césariennes. Quitte à fonder un empire, autant le construire à partir d'un territoire qui a fait ses preuves, « Alea jacta est »... La fascination exercée par l'Italie sur Napoléon est considérable et elle ne cessera de marquer son règne jusqu'à la chute finale de 1815. Peut-être parce que l'Italie fut d'abord pour le jeune officier corse un rêve avant d'être une terre. Elle rehausse la pensée, elle défie par la puissance de son art toute forme de médiocrité, elle suscite la grandeur. En cela elle est un cadre parfait pour tout rêveur d'empire. Mais l'Italie est aussi, et plus qu'ailleurs, une terre d'images. L'art, la peinture servent à la nise en scène des êtres et des choses, de sorte que la représentation semble l'emporter sur le réel. Les faits, seuls, ne valent rien s'ils ne sont mis en scène. Bonaparte connaît bien la leçon et deviendra grand maître dans l'art du décorum. L'homme ne se déplace pas sans ses artistes. Si bien que de cette passion pour l'art est né le style Empire.
C'est par un triptyque muséologique que l'exposition nous est donnée à voir au musée Fesch d'Ajaccio. Une avancée chronologique dans le temps qui s'amorce par des conquêtes, se matérialise par un règne, s'éternise dans un destin. Les oeuvres majeures, autant par la taille que par l'importance esthétique, côtoient des objets plus modestes mais néanmoins très attractifs pour le visiteur. Plus affranchis de la pompe imposée par le pouvoir, ils témoignent d'une réalité qui vaut souvent valeur de témoignage. Ainsi les grandes peintures de Gaetano Gigante illustrant la vie festive à Naples au temps des Bonaparte, les deux superbes gouaches montrant le passage par les armées du Pô et du pont de Lodi en 1796, la magnifique et poignante aquarelle représentant la mère de Napoléon alitée, sans oublier la douce courbure du sein de Pauline Borghèse sculpté par Canova. Une oeuvre que Marcel Duchamp n'aurait pas reniée, si l'on se souvient de la couverture du catalogue du surréalisme de 1947... Mais l'exposition vaut surtout pour son cadre : celui du musée Fesch qui lui sert d'écrin. On reste en effet en famille : le puissant cardinal Fesch était l'oncle maternel de Napoléon Ier.
Ambassadeur de France auprès du Saint-Siège, il fut le plus grand collectionneur d'oeuvres d'art de son temps. Près de 170 000 objets ont été répertoriés lors de son décès à Rome en 1839! La ville d'Ajaccio en a hérité d'une partie, ce qui nous permet de Pouvoir contempler la plus importante collection d'art italien des musées de province, juste après celle du Louvre...


Nils Warolin

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