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Tandis que l'aigle impérial a plané sur l'Hôtel de Ville pendant des lustres, la maison natale de Napoléon Ier restait pour les touristes difficile à trouver. Pourtant, le nom de l'empereur est connu au quatre coins du monde et rares sont les conquérants qui ont su à travers les siècles laisser une telle empreinte dans l'histoire de l'humanité.
L'exposition inaugurée le 10 avril au Musée Fesch par le nouveau magistrat d'Ajaccio marquerait-elle un changement? Au terme d'un règne de plus de cinquante ans du Comité Central Bonapartiste, la gauche sera-t-elle, paradoxalernent, celle qui permettra une prise de conscience collective et restituera au fils prodige et à sa famille la place qu'ils méritent au sein de leur patrie? Simon Renucci y croit et l'introduction de son discours inaugural laisse supposer que le nouveau conseil municipal travaillera dans ce sens. "Cette exposition est l'occasion d'affirmer la volonté de la Ville d'Ajaccio de rendre hommage au plus célèbre des Ajacciens, mais aussi d'évoquer cette Italie qui a accueilli la plupart des Bonaparte après la chute de l'empire, cette ltalie aussi d'où proviennent les chefs-d'oeuvre légués à la Ville par l'oncle de l'empereur : le cardinal Fesch".
Merci tonton !
A l'origine de l'exposition, dont le fil conducteur est le rôle de Napoléon Bonaparte dans l'organisation administrative et politique de l'Italie, mais aussi l'influence qu'il eut avec sa famille dans le domaine des arts, est en effet un Ajaccien né le 3 janvier 1763 : le demi-frère cadet de Madame Mère, joseph Fesch, ce Docteur en théologie, qui fut avant les bouleversements de la Révolution française archiprêtre de la Cathédrale d'Ajaccio, a peut-être plus oeuvré pour son île natale que son neveu, dont les appétits de conquêtes n'ont eu de cesse de l'en éloigner. Passionné d'art, cet éminent ecclésiastique élevé au rang de cardinal et d'ambassadeur de la France auprès du Saint-Siège en 1803, s'est consacré à Paris, à Rome, ou à Lyon, à l'acquisition régulière de mobiliers, d'objets précieux et de tableaux. A travers sa collection, il voulait "qu'on (pût) suivre l'histoire de la peinture depuis sa renaissance jusqu'à son complet épanouissement sans sortir de sa galerie".
C'est sur son ordre que fut édifié, entre 1827 et 1837 à Ajaccio, le palais Fesch qui devait donner aux jeunes Corses la possibilité d'accéder aux lettres, aux arts, aux sciences et à une éducation religieuse. Décédé le 13 mai 1839, l'oncle maternel de Napoléon ler a laissé derrière lui un ensemble de quelques 16 000 tableaux, dont près d'un millier constituent le joyau de la collection permanente du Musée Fesch. Des primitifs italiens (Daddi, Botticelli, Bellini ... ) aux grands noms de la peinture baroque (Le Bernin, Poussin, de Cortone ... ), l'oeil ne peur être qu'admiratif tant le patrimoine réuni par le cardinal Fesch est remarquable. Grâce à lui, les salles de son palais exposent la collection de peintures italiennes la plus complète de France après celle du Louvre. Ce sont ces oeuvres qui ont inspiré le projet "Napoléon, les Bonaparte et l'Italie", présenté jusqu'au 30 septembre aux "Beaux Arts" d'Ajaccio.
Une exposition peut en cacher une autre
En pénétrant dans la galerie qui mènent aux troi salles qui articulent l'exposition, on se retrouve face au cardinal Fesch. En guise de préambule, son buste sculpté par le néoclassique Antonio Canova, nous rappelle que notre découverte n'eut été possible sans sa passion de l'art. "L'exposition que les gens vont voir est multiple. C'est une exposition de fondation par rapport au musée destinée à expliquer sa raison d'être, et une exposition emblématique de l'image de Napoléon et de la famille impériale à Ajaccio", commente Jean-Marc Olivesi. « Elle comporte aussi des thématiques qui ne peuvent se lire que sur les deux niveaux de l'histoire de l'art et de l'idéologie". Guide exceptionnel le temps d'un vernissage, le conservateur des Musées de la Ville d'Ajaccio cite pour exemple la référence constante que Napoléon, empereur des Français, roi d'Italie, fait à la Rome antique. "C'est une manière politique de justifier son titre d'empereur, mais aussi une façon d'exprimer son sens de l'esthétique, à une époque où l'art en Europe prend ses sources d'une manière directe dans les vestiges trouvés dans les fouilles d'Herculanum, de Pompei et dans les fouilles romaines qu'il va développer".
Conquêtes, règnes et destins
Trois salles pour restituer l'importance capitale de l'Italie dans l'Europe de Napoléon et dans la vie des membres de sa famille qui y ont pour la plupart porté des titres importants, y trouvant aussi refuge pendant l'exil... Cela pourrait paraître peu. Mais le visiteur ne s'y trompera pas. Dans sa sobriété qui permet de ne pas éparpiller son attention, l'exposition rassemble des oeuvres des plus grands artistes néoclassique, prêtées à titre exceptionnel tout aussi bien par les Musée Nationaux des château de Malmaison et Bois Préau, de Versailles et de Fontainebleau que par le Museo Napoleonico de Rome ou le Musée de l'lle d'Elbe.
L'organisation de l'Italie
La salle des conquêtes qui ont modifié entre Révolution et Empire la carte de la Péninsute et jeté les bases de l'Italie moderne présente, entre autres, une des cinq versions du « Bonaparte franchissant les Alpes au col du mont Saint-Bernard » peint par David. La scène se passe en 1800 et le général demande à son admirateur de le représenter "Calme sur un cheval fougueux". C'est lors de la première campagne d'Italie que Gros l'immortalise quant à lui au pont d'Arcole. Et l'histoire a bien failli s'arrêter là. Bonaparte, sentant que la bataille contre les Autrichiens risque d'être perdue, d'une main brandit le drapeau, de l'autre saisit son sabre, et exhorte ses troupes à avancer. Mis en joug par l'ennemi, il ne doit la vie qu'à son aide de camp qui s'est sacrifié pour le sauver.
Nous sommes en 1811 lorsque Napoléon découvre les scènes de la vie quotidienne et populaire dans le Royaume de Naples, telles que les a peintes Gaetano Gigante, dont seulement quatre tableaux sont à ce jour reconnus. Et les deux toiles sur huiles signées et exposées font partie de la collection du Musée Fesch qui peut être fier de les posséder.
Napoléon, roi d'Italie, Eugène de Beauharnais, vice-roi
En sa qualité de roi, Napoléon n'aura passé que trois mois en Italie. A l'occasion de son couronnement à Milan le 26 mai 1805 et lors d'une visite officielle à Venise deux ans plus tard. Il gouverne par correspondance, entretenant avec son représentant et exécutant, le vice-roi et prince de Venise, Eugène de Beauharnais, des relation épistolaires foisonnantes. Mais malgré son absence, le faste de ses séjours a marqué ses sujets. La gloire de son règne a par ailleurs largement été entretenue par les commandes qu'il a passées à nombre d'artistes "idéalistes". Les portraits d'Apiani et les dessins de Petitot témoignent de ce désir de grandeur qui trouve dans l'histoire romaine des représentations exemplaires de vertu et d'héroisme dignes de leur souverain. La salle des règnes permet également d'admirer les "Manteaux de cour" de Camille et Pauline Borghèse ou encore une magnifique régate sur le Grand Canal présidée par l'Empereur. Une toile de 1807, exécutée avec brio par Borsato, qui vaut à elle seule le déplacement.
Du trône à l'exil
Dernière salle de l'exposition, mais non des moindres, la salle des destins fait une place d'honneur aux autres membres de la famille Bonaparte qui ont joué dans toute la Péninsule un rôle très important. De Joseph, couronné à Naples avant de se voir offrir le trône d'Espagne, à Caroline qui lui succède et est immortalisée en reine aux côtés de sa fille Laetitia-Joséphine par Elisabeth Vigée Lebrun, sans oublier Elisa, qui règne à Lucques et à Piombino, ou encore la muse des artistes, la belle Pauline qui a inspiré au sculpteur Canova son chef-d'oeuvre, la "Vénus Victrix", qu'il nous est malheureusement pas possible d'admirer ici car il n'est jamais sorti de la Villa Borghèse... Mais dont le sein moulé dans le plâtre par Canova est tout de même exposé en vitrine à côté de la "Dague du roi de Rome"... Tous sont pré- sents, les descendants de Madame Mère, dont le caractère trempé à été saisi sur une aquarelle de Charlotte Bonaparte, ces hommes et ces femmes qui à la chute de l'Empire se sont retrouvés "apatrides", rejetés de toute l'Europe, sauf par cette Italie sur laquelle ils ont rayonné.
Une exposition phare, qui a demandé deux années de travail, réalisée avec passion, grâce au concours de généreux partenaires, et qui dans l'enceinte du
palais Fesch d'Ajaccio occupe une place légitime. Ou le témoignage émouvant d'une famille ajaccienne au destin hors du commun.
Dominique Faux
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