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Article paru dans "Le Monde", le vendredi 10 aout 2001
La seconde patrie des Bonaparte


Ajaccio/Exposition. Originaire d'Italie, la famille de Napoléon y a souvent trouvé une terre d'accueil


NAPOLÉON, BONAPARTE ET L'ITALIE, Musée Fesch, 50-52, rue du Cardinal-Fesch, 20000 Ajaccio. Tél. : 04-95-21-48-17. Du mardi au vendredi de 9 heures à 18 h 30, samedi et dimanche de 10 h 30 à 18 heures, le lundi de 13 h 30 à 18 heures, jusqu'au 30 septembre. De 25 F à 35 F (de 5,34 EURO à 3,81 EURO ). Catalogue sous la direction de Jean-Marc Olivesi, éd. Musée Fesch, 178 p., 210 F (32 EURO ).


Trois grandes salles du Musée Fesch sont consacrées à la saga des Bonaparte en Italie. A commencer par celle de l'oncle protecteur de la tribu, le cardinal Fesch (1763-1839), qui légua sa collection d'objets d'art à sa ville natale, Ajaccio, et mourut à Rome après y avoir passé une bonne partie de sa vie. Un destin que partagèrent presque tous les membres de la famille - à l'exception notable de son illustre neveu, exilé sur son lointain rocher. Ce dernier, de culture italienne comme tous ses compatriotes, fit les débuts que l'on sait dans la plaine du Pô, porta la couronne d'Italie à Milan, et proclama Rome seconde capitale de l'Empire.

C'est à travers une série de prêts exceptionnels (Versailles, la Malmaison, Fontainebleau, Marmottan, Museo Napoleonico de Rome) que ces liens sont évoqués en trois actes. Les conquêtes, d'abord, dont témoignent des toiles célébrissimes (Bonaparte au pont d'Arcole, par Gros, ou Bonaparte au col du mont Saint-Bernard, par David). Les deux campagnes italiennes permirent au jeune "Corse à cheveux plats"de se hisser au pouvoir. Un deuxième espace, tendu de vert, atteste de la volonté de l'éphémère roi d'Italie d'inscrire sa trace dans la Péninsule : travaux exécutés ou projetés, à Rome, à Gênes, à Venise ou à Milan ; désir d'encourager les artistes italiens (à commencer par Canova, sculpteur officiel de l'Empire) ; le considérable chantier législatif n'est pas assez a! bordé.

La dernière salle est peut-être la plus intéressante puisque qu'il s'agit de présenter ici les autres membres de la famille impériale : fils, femme, frères, s?urs, beau-fils, beau-frère, oncle, mère, qui tous, à des titres divers, ont détenu une parcelle de pouvoir dans la Péninsule qui les accueillit après la chute de Napoléon. On y voit un portrait de l'impératrice Marie-Louise, future duchesse de Parme, avec son fils le roi de Rome, un autre de Caroline Murat, qui succéda à Joseph, roi de Naples, mais aussi des effigies de Pauline, épouse du prince Borghèse, d'Elisa Bacchiochi, grande duchesse de Toscane, de Lucien Bonaparte, prince de Canino, de Laetitia, "madame Mère", qui résida à Rome jusqu'à la fin de ses jours, sans oublier le buste du cardinal Fesch, par Canova.

Curieusement, cette famille d'origine italienne, installée en Corse au XVIe siècle, devenue française par un hasard de l'histoire (l'achat de l'île en 1768), puis européenne par la volonté du frère-empereur, se trouve réunie en Italie dans l'adversité. Très bien mise en scène, l'exposition aurait sans doute gagné à être un peu plus développée.

E. de R.

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