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L'exposition "Napoléon, les Bonaparte et l'Italie"
L'exposition "Les Cieux en Gloire"
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Le sein de Pauline
Napoléon, les Bonaparte et l´Italie

Tout le monde a en tête l'insolente allégresse des premières pages de La Chartreuse de Parme: le 15 mai 1796 le jeune général Bonaparte entre dans Milan, 9 ans avant de s'y faire couronner. A cette date, Milan devient la capitale du royaume d'Italie: ce n'est pas la seule annexe de l'Empire. Quelques-uns des 130 départements qu'il compte à son zénith sont en terre italienne. Rome et ses palais échappent ainsi à Pie VII, kidnappé entre 1809 et 1814.
Plus au sud, le royaume de Naples, dirigé par Joseph Bonaparte puis par les Murat, conjugue de même réorganisation politique, fiscale et intense mécénat artistique. Cette Italie française, le rôle décisif des frères et soeurs de Napoléon méritaient bien l'hommage ambitieux d'Ajaccio, fidèle à l'aigle corse.

Avec l'appui de Versailles, de Fontainebleau et de la Malmaison, le musée Fesch, du nom de l'oncle maternel de l'empereur, se prête parfaitement à la démonstration, qui tient du roman familial, de la leçon d'histoire et du bilan artistique. Deux toiles symbolisent le temps de la conquête, la campagne de 1796 et celle, plus fructueuse, de 1800. D'un côté la fougue de Bonaparte au pont d'Arcole par Gros, de l'autre le général franchissant les Alpes à la suite d'Hannibal et Charlemagne. D'un tableau à l'autre la peinture invente un destin qui triomphera même de Waterloo. Sommes-nous délivrés du mythe que David et ses contemporains ont forgé sous la conduite du nouveau maître de l'Europe ?
Par chance l'exposition de Jean-Marc Olivesi ne se berce pas de cette imagerie docile et examine précisément l'empreinte laissée en Italie par les napoléonides. La deuxième section s'intéresse donc aux réalisations lombardes et romaines. Avant que Stendhal n'en fît sa seconde patrie en 1814, Milan fut puissamment remodelée par les Français. Urbanisme et architecture, le néoclassicisme se met au service d'un état moderne et d'une propagande efficace. Les artistes italiens, ici comme à Rome, sont loin d'avoir été exclus de cette vague de travaux et de chantiers.
Appiani en peinture, Canova côté sculpture ont largement profité, le second surtout, de cette politique des arts qui s'inscrit pleinement dans l'art de gouverner selon Bonaparte. Alors que la cour de Milan employait Appiani au Palais royal, Canova et son atelier fixaient dans le marbre l'un après l'autre tous les membres de la famille. La volage Pauline Borghèse, plus Vénus que matrone, se laissa même mouler un sein. Le choix de cette princesse libertine rejoignait la morbidité romantique qui poussait alors sa soeur Caroline, épouse de Murat, à intensifier les fouilles de Pompéi en quête des survivances archéologiques et des traces humaines enfouies sous la cendre. L´art et la politique, toujours mêlés.
On comprend mieux, visite faite, pourquoi les Italiens après Waterloo conservèrent sur leur sol aussi bien la reine déchue de Naples qu'Elisa et Pauline, Lucien, le frère rebelle, Madame mère et l'oncle Fesch. A Florence et à Rome, à Trieste et à Viterbe, où ils finirent leurs jours, ils contribuèrent à prolonger le souvenir de celui qui, sous le fer, avait presque unifié l'Italie. Moins de 50 ans après la mort de l'ogre, le roi de Sardaigne allait y parvenir à nouveau. Le Risorgimento est peut-être le dernier écho de 1796.

Stéphane Guégan

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Napoléon ou
le rêve de Rome

L'Italie était dans les gènes du «petit corse». Bercé par Tacite, Tite-Live, l'empereur s'est épris de cette culture qui puise ses racines à la source de la Méditerranée. Jusqu'à fin septembre, le musée Fesch à Ajaccio présente «Napoléon, les Bonaparte et l'Italie». L'exposition analyse cette passion italienne mise au service la grandeur napoléonienne.

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Anne Muratori-Philip
Publié le 1er juin 2001, page 31
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L'Antiquité romaine a été son modèle. Tacite, Tite-Live ont accompagné l'adolescence de Napoléon Bonaparte tout comme il a vibré aux accents épiques de la Jérusalem délivrée de Tasse. L'Italie est dans les gènes du «petit Corse». Il comprend et il aime cette culture raffinée qui puise ses racines à la source de la Méditerranée. Dans ses Mémoires, Madame de Rémusat confirme cette sensibilité personnelle : «Bonaparte avait pour l'Ecole italienne un goût particulier... il aimait la musique avec passion, surtout la musique italienne.» Rien de plus normal pour un jeune Corse! Napoléon et sa famille ont pratiqué l'italien comme leur première langue écrite; et c'est dans cette langue qu'est rédigé l'acte de baptême de l'Empereur. C'est encore l'Italie qui va lui mettre le pied à l'étrier lorsque, après quelques erreurs de jeunesse, il reçoit le grade de général de division et le commandement de l'armée d'Italie, pour avoir mis un terme à l'insurrection royaliste du 13 vendémiaire.
Au printemps 1796, Bonaparte prend le chemin de l'Italie avec mission de faire diversion et de contenir l'ennemi tandis que deux armées commandées par Jourdan et Moreau doivent attaquer en Allemagne et marcher sur Vienne. Prenant tout le monde de vitesse, le jeune général brûle les étapes, passe les Alpes, se faufile entre les deux armées ennemies et les bat séparément. Montenotte, Mondovi, Lodi, Castiglione, Bassano, Arcole, Mantoue, autant de victoires qui lui ouvrent grandes les portes de l'Italie, autant de batailles immortalisées par les peintres qui lui serviront à forger son propre mythe.

L'exposition «Napoléon, les Bonaparte et l'Italie» présentée au Musée Fesch d'Ajaccio analyse parfaitement cette passion italienne qu'il mettra au service de sa grandeur. Ce n'est pas le fait du hasard si Napoléon se proclame roi d'Italie et coiffe, dans le Dôme de Milan, la couronne de fer des rois Lombards, rééditant ainsi le geste accompli en ce lieu, en 962, par le premier empereur romain germanique, Otton 1er. Les quatre-vingt-deux pièces exposées (bustes, médaillons, tableaux, costumes d'apparat, meubles et objets divers), conjugaison savante de prêts des plus grands musées français et étrangers et du fonds napoléonien du Musée Fesch, s'organisent autour de trois thèmes: conquêtes, règnes et destins.

Bonaparte y caracole sur un cheval fougueux au col du Mont-Saint-Bernard avec la complicité de David qui a mis son imagination au service de l'épopée et dont on connaît cinq versions du tableau. Cependant Antoine-Jean Gros, le jeune peintre recommandé par Joséphine surpasse David en faisant de Bonaparte un héros romantique: le général de l'armée d'Italie, cheveux au vent, sabre au poing et brandissant un drapeau au pont d'Arcole a scellé la gloire naissante de Napoléon. Moins connu, Napoléon 1er, roi d'Italie d'Andrea Appiani offre un portrait officiel rigide mais d'une grande richesse dans les détails de l'habillement, codifié par l'empereur lui-même, et dont le visiteur découvrira quelques pièces dont le manteau de cérémonie de Pauline Bonaparte.

Le troisième volet de l'exposition dédié aux destins, évoque notamment les liens puissants qui unissent les Bonaparte à l'Italie. C'est à Rome que la famille impériale a trouvé refuge: sa mère Laetitia Bonaparte (Mme Mère) et son oncle maternel, le cardinal Fesch qui y passera les trente dernières années de sa vie; sans oublier qu'Elisa, l'aînée des soeurs de l'Empereur a été grande duchesse de Toscane, Caroline, princesse Murat a été reine de Naples, et Pauline, princesse Borghèse et duchesse de Guastalla. Outre les grands portraits officiels d'Elisa par Pietro Benvenuti, de Caroline par Mme Vigée-Lebrun, de Pauline par Marie-Guillaume Benoist et de l'impératrice Marie-Louise (elle aussi future duchesse de Parme) avec le roi de Rome signé Gérard, une petite aquarelle attire l'attention. Elle représente Madame Mère un an avant sa mort. Sa petite-fille, Charlotte Bonaparte, la fille de Joseph et de Julie Clary, l'a peinte d'après nature. Dans le ton pastel qui sied au grand âge - elle avait 86 ans -, un petit visage volontaire et énergique émerge de la dentelle et des flots de mousseline. Napoléon avait de qui tenir! Clin d'oeil à l'histoire: le couteau de chasse du malheureux roi de Rome et pour l'anecdote, un moulage du sein de Pauline qui avait posé nue en Vénus victrix, pour Canova.

Cette superbe exposition offre plusieurs niveaux de lecture : l'épopée napoléonienne, l'homme d'Etat qui, en créant des «républiques soeurs», Cisalpine, Cispadane, Ligurienne, a fait en Italie l'apprentissage du gouvernement et de la politique, enfin le propagandiste qui a défendu les arts pour mieux s'en servir. On peut juste regretter que la politique de «francisation de l'Italie» instaurée par Napoléon à partir de 1805 ne soit pas mieux abordée.

L'exposition peut se compléter par la découverte de la galerie napoléonienne du musée et des collections remarquables rassemblées par le cardinal Fesch. A voir aussi l'église impériale attenante au musée, le salon napoléonien de l'Hôtel de Ville d'Ajaccio qui présente une partie du mobilier du cardinal Fesch et la maison natale de Napoléon Bonaparte, délicieux musée du souvenir qui doit faire l'objet d'une prochaine restauration.





Article paru sur "artaujourd'hui.com", le 24 aout 2001
Napoléon, général en chef des arts d'Italie

A Ajaccio, à partir d'oeuvres des plus grands artistes néoclassiques, portrait d'un mécène très particulier.

L'importance de l'Italie dans la carrière de Napoléon s'affirme dès sa nomination à la tête de l'armée lors des campagnes de 1796 et de 1800. Les victoires françaises de Castiglione, de Rivoli et le célèbre passage du pont d'Arcole en février 1797 préfigurent l'ambitieux destin du général. Sa première mission consiste à redessiner un pays alors divisé en duchés, républiques ou royaumes. Le traité de Campo Formio, en 1797, valide ce début d'organisation administrative qui définit l'Italie moderne. Des revers militaires imposent une seconde campagne en 1800. Elle est immortalisée par le peintre Jacques-Louis David dans Bonaparte franchissant les Alpes au col du Mont Saint-Bernard. Roi d'Italie en mai 1805 à Milan, Napoléon décide de faire de cette ville une grande capitale européenne. Par son héritage historique, Rome inspire au souverain son titre d'Imperator et devient le modèle par excellence de l'Empire. La correspondance entre Napoléon et son vice-roi Eugène de Beauharnais détaille les ambitions politiques et culturelles de l'Empereur français.


Napoléon ne passe, au total, que quelques mois en Italie mais son désir de faire imortaliser ses faits d'armes se révèle dès le début. Ses conquêtes suscitent un véritable reportage pictural par des artistes tels que Antoine Gros, Jacques Louis David, Appiani, Napoléon Ier roi d'Italie, ou Bacler d'Albe, Passage du pont de Lodi. Ces peintures d'histoire célébrent toutes unanimement les actes héroïques du guerrier. Sous la direction de Canova, Denon ou Appiani, Milan et Rome deviennent villes impériales (Appiani, Projet pour un plafond pour le Palais royal de Milan). Ces commandes artistiques contribuent à la gloire de l'Empire tandis que le néoclassicisme incarne les ambitions politique du règne. Né en Italie dans les années 1740, ce courant artistique puise son inspiration dans l'étude de la statuaire antique. La dernière partie de l'exposition présente la famille de Napoléon. Chaque parent a eu son rôle dans la valorisation des arts en Italie : Pauline Borghèse pose nue pour Canova, Elisa Bonaparte, portraiturée par Benvenuti (Élisa et sa fille avec Florence dans le fond), encourage la sculpture en nommant Lorenzo Bartolini à le tête de l'Académie. Quant au cardinal Fesch, il réunit la bagatelle de 16 000 tableaux : un trésor en grande partie vendu par la suite mais dont le musée d'Ajaccio détient de beaux restes. Au point que certains responsables italiens continuent d'en demander la restitution...


Stéphanie Magalhaes

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