
Biographie :
Paul-Mathieu NOVELLINI
(Lento, 1831-Ajaccio, 1921)
Paul-Mathieu Novellini, d’origine italienne, naît dans le village de Lento le 29 juin 1831. Novellini est un artiste à la production est abondante : lithographies, peintures religieuses, travaux de décoration. Il a beaucoup écrit sur les arts en Corse et a été le promoteur de différentes initiatives en faveur des arts. Il est naturalisé français par décret du Président de la République du 17 janvier 1887, à l’âge de cinquante-six ans et a déjà accompli une belle carrière.
Novellini se forme dans un premier temps en Corse,. Il aurait du être l’élève du peintre bastiais Luigi Varese, mais le décès prématuré de ce dernier en 1852 l’en empêcha. Il sera donc celui de Luigi Brunetti, peintre d’Urbin. D’ailleurs, dans le courant des années 1850, sa peinture trahit l’influence de son maître, comme l’atteste La donation du Rosaire à Saint Dominique de l’église de la Santissima Annunziata de Brando, datée de 1855. La toile de Brando est un rare exemple d’œuvre de jeunesse de Novellini. À Paris, où il se rend ensuite dans les années 1860, il est l’élève du peintre suisse Charles Gleyre (1808-1874). Sa période de formation dans la capitale terminée, Novellini rentre en Corse, sans doute en 1866.
Novellini a exercé son activité pendant une très longue période ; il est membre de la Société des Artistes français, où il adresse régulièrement ses œuvres. Il est également électeur au jury international des Beaux-Arts et rédacteur au Journal des Artistes. Installé à Ajaccio, Novellini ouvre, vers 1870, un cours libre de dessin et de peinture dans son appartement de rue du docteur Versini. Il y enseigne le dessin de figure et d’ornement, la géométrie descriptive, la perspective linéaire et aérienne, le dessin d’architecture et des machines, le lavis, les dessins à la plume et à la mine de plomb d’après l’estampe. Certains de ses élèves se sont fait connaître par la suite : c’est le cas d’Adèle Conti et d’Angèle Camisa (1899-1923).
Novellini a fait plusieurs envois au Salon des Artistes Français, ouvrant ainsi la voie à plusieurs artistes corses. En 1866, il y adresse un tableau représentant Jésus donnant à Saint-Pierre les clés du paradis . Son envoi suivant, en 1868, Tobie et l’Ange sur les bords du Tigre (localisation actuelle inconnue) est acheté par la Société des Amis des Arts de Reims. Ses envois ultérieurs concernent la Corse : La Corse au XVIIIe siècle, allégorie (œuvre perdue) en 1870, Costume corse (Paolella, fillette corse) (localisation actuelle inconnue) en 1877, Sainte Dévote, patronne de la Corse (localisation actuelle inconnue) en 1879. L’administration des Beaux-Arts lui commanda, sans doute dans les années 1870, une copie du célèbre tableau de Raphaël conservé au Louvre, Saint-Michel terrassant le démon pour être déposée dans la commune d’Héliopolis, en Algérie. Novellini est l’auteur de nombreuses gravures symbolisant la Corse ou représentant des hommes célèbres de son histoire, Sampiero Corso en 1872, Pascal Paoli en 1873, Sambucuccio d’Alando en 1878, Corsica ou l’Allégorie de la Corse en 1879, Sainte Dévote, patronne de la Corse, puis Napoléon 1er d’après David. Ces portraits de Novellini seront très largement répandus dans les écoles de Corse à la suite d’une instruction de 1909 du ministre de l’instruction publique, demandant aux chefs d’établissements scolaires de décorer les classes d’œuvres représentant les gloires nationales du département, vraisemeblablement afin de remplacer les représentations religieuses.
Une partie de la carrière de Novellini est consacrée à la décoration, les peintures murales réalisées en 1879 dans l’église paroissiale de l’Assomption de Piana constituent sa réalisation la plus remarquable. La région de Corse la plus riche en œuvres religieuses de Novellini est le Cap Corse où ont été recensées à Morsiglia, Le transit de saint Joseph (d’après Carlo Maratta), à Olmeta di Capo Corso, Saint Roch priant pour les pestiférés, à Barrettali, dans l’église conventuelle, Saint Joseph et saint Antoine Abbé aux pieds de la Vierge de l’Assomption, à Brando, dans l’église de la Santissima Annunziata, La donation du Rosaire à saint Dominique, à Canari, dans la chapelle funéraire de la famille Battisti, la Vierge à l’enfant Jésus avec au dessous Saint Pierre et Saint Paul et dans l’église de son village natal de Lento se trouve une toile figurant Sainte Marie-Magdeleine. Dans le sud de l’île, à Bonifacio, dans l’église Saint-François, une Immaculée conception; à Tavera, dans l’église Sainte-Marie, Saint Marc évangéliste, une Donation du Rosaire à Dominique et Sainte Catherine de Sienne et Saint Charles Borromée et Saint Roch aux pieds de la Vierge de l’Assomption.
Au musée départemental de Morosaglia est exposé le Portrait de Pascal Paoli offert par Novellini qui l’exécuta en 1889 à l’occasion du transfert des cendres de Paoli à Morosaglia. Dans sa séance du 12 septembre 1889, le conseil général de la Corse adresse ses remerciements à Novellini pour ce don, accepté peu auparavant. Ce portrait fut un certain temps exposé au palais Lantivy, dans la salle de la commission départementale de la préfecture de la Corse. Novellini écrit à ce sujet, en 1911 : « Il n’y avait dans les monuments publics d’Ajaccio aucune image de Paoli : j’ai voulu combler cette lacune ».
Novellini a beaucoup œuvré en faveur de l’art par ses écrits. Avec François Peraldi, alors conservateur des musées d’Ajaccio, Novellini rédige en 1875 la Notice des tableaux les plus remarquables exposés dans ce Musée [Fesch]. En 1878, il est envoyé à Paris comme délégué de la commune de Lento à l’exposition universelle. Il rédige son Rapport sur l’exposition universelle de 1878 à M. le Maire et à MM. les membres du conseil municipal de Lento. En 1880, de nouveau avec Peraldi, il signera la Notice des tableaux et objets d’arts exposés dans les galeries du Musée et dans les salons de l’Hôtel de ville. En 1897, Novellini défend le musée de Bastia dans une plaquette intitulée Beaux-arts, création d’un musée à Bastia, reprise dans le Petit bastiais du 23 avril 1897. À cette occasion, Novellini rappelle qu’en 1872, le préfet de la Corse avait nommé, sur instruction ministérielle, une commission chargée de faire un inventaire des richesses artistiques, publiques et privées, de la Corse. Cette commission n’ayant pas accompli la mission impartie, Novellini décida de se substituer à elle et d’élaborer le recensement attendu. Années après années, il visite tous les arrondissements de la Corse. Cette contribution bénévole servira de base à sa publication majeure : Catalogue des œuvres remarquables de peinture, sculpture etc... qui se trouvent dans les églises et autres monuments publics ainsi que dans les maisons particulières de la Corse suivi par des notices sur la vie et les œuvres des artistes corses ayant un titre officiel, édité à Bastia en 1911. L’ouvrage est alors accueilli avec enthousiasme, comme l’atteste un article élogieux publié en 1911 dans le Petit Bastiais dont l’auteur, l’historien François Girolami-Cortona, salue en Novellini un « nouveau Vasari ».