Charles-Joseph Natoire
(Nîmes, 1700 – Castelgandolfo, 1777)
L’Éducation de l’Amour
Signé et daté 1765
Le tableau de Natoire est présenté dans la même salle que d’autres œuvres de peintres français ayant séjourné plus ou moins longtemps à Rome au XVIIIe siècle. Plusieurs d’entre eux, marqués par les œuvres antiques et renaissantes qu’ils étaient venus étudier, manifestent déjà un certain retour au classicisme. C’est le cas par exemple de Pierre Subleyras ou Etienne Parrocel.
Mais cette tendance classique n’est pas du tout le fait de Natoire, qui a vécu pourtant de nombreuses années dans la ville pontificale, tout en restant fidèle au style et à l’esprit français. Il est en effet, avec Boucher et Fragonard, l’incarnation même de la légèreté, de l’érotisme libre et joyeux, traduits en une peinture fraîche et vive, caractéristique de l’art français de cette époque, ce style que l’on nomme rococo ou rocaille.
Natoire peignit très tôt pour la cour de Louis XV et pour d’autres commanditaires prestigieux, s’illustrant dans le décor (Histoire de Psyché pour l’hôtel de Soubise à Paris) et les cartons de tapisseries pour les Manufactures de Beauvais et des Gobelins.
Peintre très cultivé, il fut nommé directeur de l’Académie Française à Rome, de 1751 à 1775. C’est lors de ce séjour qu’il peint notre Éducation de l’Amour, un sujet souvent traité par lui, un hymne à la fraîcheur et à la jeunesse, où les détails du paysage, les fruits et les fleurs, contribuent à l’ornement du groupe compact formé par le ravissant petit Amour et ses charmantes éducatrices.
On sent dans l’œuvre de Natoire, sous-jacente, l’empreinte des grands peintres du corps féminin que furent Titien, Corrège et la connaissance qu’il avait de la peinture baroque romaine. Mais toutes ces références sont fondues naturellement dans son style tendre, mesuré, facile, qui appartient bien à son siècle.
Le tableau, avec 63 autres, a été donné au musée en 1866 par le comte Félix Baciocchi, qui avait occupé plusieurs fonctions à la cour de Napoléon III – grand chambellan, surintendant des spectacles – et qui était le petit-neveu du prince Félix Baciocchi, mari d’Elisa Bonaparte.



